vendredi 7 février 2014

Haïti, 7 février 1986

Par Dr. Pierre Montès
Dernière mise à jour: 16 février 2014

Haïti/7 février 1986, PieMon se souvient. Il est chez son père PieDMon à Port-au-Prince.
01:30 AM - NicSenc de Montréal appelle PieMon en Haïti:
-          «La télé ici annonce le départ imminent de JanCloDu.», dit-elle à PieMon.

02 :00 AM - JanCloLou, de Fontamara, un ami de PieMon l’appelle au téléphone pour lui dire :
-          «Moun yo alé !»

02 :30 AM - PieMon appelle GeoSalo:
-          Que se passe-t-il ?  "Je suis au noir." On me dit que JanCloDu serait parti.
-         Effectivement , répond GeoSalo,  il est parti avec sa famille. J’aurais pu l’accompagner (à l’aéroport). Mais j’ai préféré rentrer chez moi.

02 :40 AM - PieMon appelle FranFlam :
-          Que se passe-t-il ?  On me dit que JanCloDu est parti. Qu’en sais-tu ?
-          Il n’y a plus de gouvernement, répond laconiquement FranFlam.

02:50 AM - Finalement, PieMon appelle les appartements du Président JanCloDu au Palais:
-      Allo! Pourrais-je parler au Président JanCloDu ? Je suis PieMon, le MiEdNa.

L'officier de service au bout du fil lui répond laconiquement:

 -    Moun yo pa la non. (Traduction: «Les gens sont absents.»)

07 :00 AM (environ) - La TNH passe en boucle un message : «Restez branchés, un message important sera diffusé bientôt.»

07 :30 AM (environ) - Un message pré-enregistré de JeanCloDu à la nation est diffusé. PieMon résume approximativement l’essentiel du message de JanCloDu :
«… Pour m’assurer que l’histoire retienne, sans aucun doute possible, que j’ai évité un bain de sang en Haïti, j’ai passé le pouvoir  à l’Armée et j’ai placé les V.S.N. (la Milice) sous les ordres de l'Armée

08 :00 AM -  La TNH montre l’image de la façade principale du Palais national. PieMon reconnait sur limage à l’écran, debout devant le Palais, au pied de l’escalier, en première rangée, le Général Henri Namphy ayant à ses côtés, les Colonels William Régala et Max Vallès, l'ingénieur Alix Cinéas, le Colonel Prosper Avril, etc.  
C’est le CNG (Conseil National de Gouvernement). Le Général Namphy donne lecture d'une proclamation confirmant que le CNG dirigera désormais les destinées de la nation provisoirement.
Parmi les personnes  qui accompagnent le CNG, ce matin du 7 février 1986, PieMon a facilement décelé en arrière, sur l’écran, le visage d’un ami. Il dit à son père PieDMon : «Regarde qui est en arrière : c’est l’ingénieur JacVil !»

Par la suite, PieMon apprendra de son amie, Madame MarJoDou, que l'ingénieur JacVil était dans l’opposition; mais, voyant que PieMon n’était pas du tout en mode opposition, JacVil ne lui avait rien avoué.

vendredi 20 décembre 2013

Montréal /L'affaire Fredy Villanueva: le rapport d'enquête du coroner André Perreault

Par Dr. Pierre Montès

C'était le 9 août 2008.
Au cours d'une intervention policière qui a mal tourné à Montréal-Nord, un jeune de 18 ans, Fredy Villanueva trouve la mort, abattu par le policier Jean-Loup Lapointe. On s'en souvient, une émeute s'en est suivie peu après le drame [1].
 
Après avoir lu le rapport du coroner, je ne peux, objectivement, que conclure que l'agent Lapointe a agi en légitime défense. 
 
Si Dany Villanueva s'était laissé arrêter par l'agent Lapointe et l'agente Pilotte et si le groupe d'amis de Dany Villanueva et son frère Fredy Villanueva n'avaient pas manifesté une attitude hostile vis-à-vis de l'agent Lapointe et de l'agente Pilotte, au moment de l'intervention des deux policiers en se gardant à distance, comme demandé, l'agent Lapointe ne se serait pas senti en danger de mort et n'aurait pas senti le besoin de se servir, ultimement, de son arme à feu pour sauver sa vie et celle de l'agente Pilotte.
 
Peut-être, l'agent Lapointe et l'agente Pilotte auraient-ils dû appeler et attendre des renforts avant de débuter leur intervention auprès du groupe de jeunes, sachant qui étaient les individus qu'ils allaient arrêter ?
 
On suggère de ne plus donner d'armes automatiques aux policiers. Est-ce que ce ne se serait pas une erreur de leur enlever ce type d'armes ? Si l'agent Lapointe n'avait pas une arme automatique, le temps aurait-il peut-être joué contre lui dans cette affaire: les jeunes étaient tellement proches de lui qu'ils auraient eu le temps de réagir entre deux coups de feu, ce qui aurait pu être fatal pour les deux agents entourés des jeunes contrevenants.

Je propose aux lecteurs de regarder comment étaient armés quelques militaires au milieu d'une foule de touristes au début de juillet 2007 à Paris, au pied de la Tour Eiffel [2]. Et à chaque fois que je vais à Paris, tant avant le 11 septembre 2001 qu'après cette date, je suis toujours témoin de ce genre de scènes, au hasard des lieux que je visite.  
 
La principale leçon à tirer de l'affaire Villanueva est la nécessité d'introduire dans les programmes scolaires du Québec un cours sur le comportement que doivent avoir les citoyens quand interviennent les forces de police. Il serait peut-être aussi nécessaire d'indiquer aux nouveaux arrivants comment on s'attend à ce qu'ils se comportent quand ils interagissent avec les forces de police au Québec. 
 
Aux pages 54 et 57 du rapport du coroner qui en compte 143, on lit les extraits qui suivent:

«L'agent Lapointe fait feu .»
 
« Selon l'agent Lapointe, Dany Villanueva continue à se débattre vigoureusement et à le frapper au niveau de la tête. Il ne voit plus sa partenaire. Il sait qu'elle se fait frapper par les jambes de Dany Villanueva. Bien qu'il n'adresse pas à l'agente Pilotte une demande de le défendre, faute de temps de le faire, explique-t-il, il ne la croit plus capable de s'interposer entre lui et les individus qui s'en prennent à lui. Il ne peut plus se relever, se déplacer, s'en aller. Il ne peut plus attendre les renforts. Il ne peut utiliser ses armes intermédiaires. Il a peur de perdre connaissance, d'être blessé gravement ou de mourir. Il ne peut s'éloigner. Il ne voit plus d'autre solution que de faire feu pour défendre sa vie et celle de sa partenaire, et c'est ce qu'il décide de faire.Il estime qu'il peut atteindre les cibles qu'il vise sans mettre en danger les personnes qui peuvent se trouver derrière, dans le parc...»
 
«... Continuant à retenir Dany Villanueva de sa main gauche, l'agent Lapointe dégaine de sa main droite. Pour ce faire, il désamorce les deux dispositifs de son étui qui assurent la rétention de son arme à feu.»
 
« Avant même de dégainer, l'agent Lapointe a déjà décidé qu'il va faire feu à cause de l'urgence de la situation. Cela se fait, dit-il, en une fraction de seconde. Pas même le temps d'en aviser l'agente Pilotte. Jamais il n'a considéré l'option d'exhiber uniquement son arme pour provoquer une réaction de recul. Il estime que cela aurait augmenté le risque d'être désarmé. Il voit un regroupement de personnes à proximité.»
 
« Alors que Fredy Villanueva est à moins d'un bras de distance et que l'arme de l'agent Lapointe est encore au niveau de sa hanche, il commence la mise à feu.»
 
« Sans viser un ou des individus en particulier, l'agent Lapointe tire au "centre des masses" devant lui, puis légèrement à droite et légèrement à gauche pour être certain de les atteindre. Il croit, sans pouvoir l'affirmer, que le premier individu atteint est Fredy Villanueva parce qu'il est directement devant lui dans la ligne de tir.»
 
« L'agent Lapointe précise qu'il n'avait pas l'intention de tuer Fredy Villanueva quand il a tiré sur lui, mais plutôt de mettre fin à la menace, de se défendre, de protéger sa vie.»
 
« L'agente Pilotte est surprise par quatre coups de feu très rapprochés. Elle a entendu le premier coup de feu, mais n'a pas vu l'agent Lapointe, car elle regardait dans une autre direction. Selon elle, l'arme était à environ un demi-mètre d'elle lors du premier tir. Elle lève immédiatement son regard et voit, après le premier coup de feu, deux coups de feu tirés en direction de Fredy Villanueva qui se trouve au nord, et qui l'atteignent. Pour ce qui est des trois derniers tirs qu'observe l'agente Pilotte, l'agent Lapointe a le bras droit complètement tendu, sa main tenant fermement son arme.»
 
« Touché une première fois, Fredy Villanueva recule, mais reste sur ses pieds, avant d'être atteint de nouveau au haut du corps. À ce moment-là, Fredy Villanueva est à moins d'un demi-mètre de son frère et de l'agent Lapointe et à environ un mètre de l'agente Pilotte. Il est debout et penché vers l'avant légèrement. Il a les bras près du corps.»
 
« Après avoir été atteint une deuxième fois, Fredy Villanueva recule de nouveau puis s'écroule un mètre à deux mètres plus loin sur le dos ou sur le côté, un peu recroquevillé sur lui-même. Il porte ses mains à son thorax....»
 
«...L'agente Pilotte voit ensuite son partenaire déplacer son arme vers la droite à environ 180 degrés et la pointer, le bras tendu à peu près perpendiculairement au sol, en direction d'un autre individu qui s'est avancé à moins d'un mètre de Dany Villanueva et de l'agent Lapointe. Elle voit cet individu être atteint sur ce qui lui semble être le côté du haut du corps ou "[…] du haut du dos si on veut", par le dernier tir, espacé des autres de quelques instants. L'agente Pilotte perçoit que le dernier individu est atteint au moment où son épaule tourne. On comprend qu'il s'agit probablement de Jeffrey Sagor Métellus.»
 
« L'agent Lapointe confirme que son bras était tendu lors du quatrième tir. Il contredit fermement sa collègue lorsqu'elle affirme qu'il a déplacé son arme sur 180 degrés avant d'effectuer le quatrième tir. Il dit en avoir un souvenir très précis. Il explique qu'il lui aurait été même impossible de le faire parce qu'il aurait alors dû passer son bras devant lui. Il a cependant, lui aussi, l'impression que c'est Jeffrey Sagor Métellus qui a reçu le dernier tir alors qu'il se trouvait à une distance inférieure à un mètre. Il ne peut expliquer comment Jeffrey Sagor Métellus a pu être atteint dans le dos, puisqu'il avait l'impression que tous les individus avançaient vers lui au début de la séquence de tirs. Il ignore si Jeffrey Sagor Métellus a eu le temps de pivoter depuis le premier tir jusqu'au moment où il a été atteint.«
 
«L'agent Lapointe explique avoir cessé les tirs lorsqu'il a perçu  "le recul des masses". En fait, il ne sait pas, au moment de cesser de tirer, combien de coups de feu exactement il a tirés. Il faut dire que tous les tirs ont été effectués rapidement. Il ne sait pas non plus précisément où les balles tirées se sont logées.»
 
« Ce n'est qu'après les quatre tirs que l'agent Lapointe constate que Fredy Villanueva s'est écroulé.»
 
Pour lire le rapport du coroner au complet, un lien est donné ci-dessous [3].
 
Un article de Wikipédia fournit une version de cette malheureuse affaire [4]. 

___________________________

[1] Wikipedia / Émeute à Montréal-Nord.

[2] Le coin de Pierre / Au pied de la Tour Eiffel, 17 septembre 2007

[3] La Presse / Rapport du coroner dans l'affaire Villanueva

[4] Wikipedia /Affaire Fredy Villanueva.

vendredi 6 décembre 2013

Toussaint Louverture et Nelson Mandela: deux hommes, un même idéal.

Par Dr. Pierre Montès

Toussaint Louverture [1] et Nelson Mandela [2] sont deux êtres qui ont marqué leurs époques.
Ils ont eu le même idéal de liberté et d'émancipation de l'homme noir.

Deux siècles séparent ces deux hommes. Faudra-il alors attendre le vingt-deuxième siècle avant que l'humanité ne connaisse un troisième être exceptionnel de la trempe de Toussaint Louverture et de Nelson Mandela ?





Toussaint Louverture (1743-1803)





Nelson Mandela (1918-2013)

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[1] Wikipédia / Toussaint Louverture
[2] Wikipédia / Nelson Mandela

vendredi 20 septembre 2013

Sylvie Ouellet, un ex-notaire en connexion directe avec les défunts

Par Dr. Pierre Montès

« Je suis très cartésienne et j’ai besoin de connaître le fondement des choses. » 
Sylvie Ouellet

J'ai écouté attentivement une entrevue de Sylvie Ouellet sur Radio Ville-Marie, il y a deux semaines environ.
Elle a apporté des éléments de réponses à certaines des questions que je me pose depuis des décennies.
Elle a publié plusieurs livres sur le sujet.

Je vous suggère d'écouter/de voir/de lire ce qui est disponible sur le Web.

Voici quelques vidéos dans lesquelles Sylvie Ouellet parle un peu de son expérience en tant que médium:

  1. Axion TV/ Si une autre vie m'était contée...: Sylvie Ouellet , 10 minutes, 12 secondes
  2. genevieveyoung.com/ Entretien avec Sylvie Ouellet, 3 minutes 30 secondes
  3. ARRsante.ca/ Marie-Lise Pelletier/ Entretien avec Sylvie Ouellet, 6 minutes 18 secondes.

Voici la transcription d'une entrevue de Sylvie Ouellet:

besoindesavoir.com/ Entrevue avec Sylvie Ouellet/ Visa-pour-l'au-delà

Enfin, voici un lien vers la page web de Sylvie Ouellet:

Site Web de Sylvie Ouellet

dimanche 8 septembre 2013

Haïti-Éducation / Ouverture des classes en septembre ou en octobre ?

Par Dr. Pierre Montès
Mise à jour: 10 septembre 2013

Le cas d'Haïti
 
La tradition en Haïti, c'était la rentrée scolaire au début du mois d'octobre pour l'enseignement préscolaire, l'enseignement primaire, l'enseignement secondaire et l'enseignement professionnel. Cette ouverture coïncidait avec le début de la nouvelle année fiscale (1er octobre).
 
La fermeture de l'année scolaire se faisait (et se fait encore) à la fin du mois de juin. En fait, dans cet intervalle de neuf mois, il y a 39 semaines ou 273 jours. Si l'on y enlève les samedis et les dimanches, (78 jours), il reste 195 jours.  De ces 195 jours, il fallait enlever environ 14 jours de congé isolés [1], s'ils tombaient durant la semaine entre lundi et vendredi, plus les vacances de Noël (10 jours autres que les samedis et dimanches) et les vacances de Pâques (7 jours autres que les samedis et dimanches), soit un total maximum de 31 jours qu'il fallait enlever des 195 jours. Il restait donc, grosso modo, 164 jours de classe d'octobre à juin.
 
Les vacances d'été étaient de trois (3) mois pleins: juillet, août et septembre.
 
C'était la réalité vécue dans les années 1960 en Haïti. C'était sans doute à peu près la réalité vécue dans les décennies antérieures et postérieures  à celle des années 1960.
 
En l'an 2000, le Ministère de l'éducation d'Haïti (MENJS) décidait de fixer la rentrée scolaire 2000-2001 au début du mois de septembre (+21 jours) et de ramener le nombre de jours de congé isolés de 14 à 9 (+5) en 2000-2001, puis à 8, les années subséquentes. Ce changement drastique avait porté le nombre de jours de classe à 190 en 2000-2001 (164+21+5) et à 192 en 2001-2002 [2]. Ainsi les vacances d'été étaient réduites à deux mois: juillet et août.
 
Le 12 janvier 2010, il y eut "goudougoudou", le séisme qui a secoué  Haïti et causé de lourds dégâts matériels et humains dans l'Ouest et le Sud-Est du pays. Le nombre de jours de classe de l'année scolaire 2009-2010 a été considérablement réduit.
 
En 2010-2011, en 2011-2012 et en 2012-2013, la rentrée des classes a été ramenée de septembre à octobre; il en sera de même en 2013-2014.


Mon avis personnel
 
S'il fallait en avoir un, mon avis personnel serait qu'il faudrait revenir définitivement à la rentrée des classes en octobre et revenir définitivement aux trois mois de vacances en été (juillet-septembre). J'ai été un enfant moi aussi, et, je tenais beaucoup à cette durée de la période de vacances. J'y tiens toujours. De plus la coïncidence entre le début de l'année fiscale et le début de l'année scolaire semble aller de soi et entrer dans les us et coutumes d'une grande proportion de la population de la classe majoritaire.

À mon avis, il revient au système tant privé que public de faire entrer la couverture des matières au programme scolaire à l'intérieur de la période globale de 9 mois ou 39 semaines allant d'octobre à juin. Pour certaines classes, si cela était nécessaire, on pourrait recourir à l'utilisation des demi-journées de samedi pour des activités scolaires dans les classes de Seconde, de Rhétorique et de Philosophie (cela se faisait déjà dans les années 1960 dans certains collèges privés). Cela correspondrait, pour ces classes, à l'ajout d'environ trente-deux demi-journées, soit l'équivalent d'environ 16 jours additionnels par an, ce qui porterait à 180 le nombre de jours de classe par an pour les trois dernières années du secondaire. 
 
Voici quelques liens conduisant vers des articles qui rapportent les réactions des personnes du milieu de l'enseignement en Haïti en ce qui concerne la rentrée en octobre plutôt qu'en septembre: [3], [4], [5], [6].                                        .
 
 
Comment cela se passe-t-il ailleurs dans le monde ?
 
Dans les pays développés, le cas le plus frappant est celui de la France: au primaire, 140 jours de classe par an, au secondaire, 178.  La moyenne pour les pays de l'OCDE est de 187 jours au primaire et au secondaire.

Mais ce n'est pas le nombre de jours qui importe le plus, c'est plutôt le nombre de semaines d'enseignement: il est de 36 par an en France.
 Les liens suivants: [7], [8], [9], [10] permettent d'avoir une bonne idée de ce qui se fait en France, en Allemagne, en Finlande, au Danemark,  au Canada, en Grande Bretagne, en Italie.
  
__________________________________________ 
[1] Liste approximative des jours de congé isolés, s'ils tombent entre lundi et vendredi dans les années 1960 en Haïti: 17 octobre, 24 octobre, 1er novembre, 2 novembre, 18 novembre, 5 décembre, lundi gras et mardi gras, 7 avril, 1er mai, ascension, 18 mai, 22 mai, 22 juin.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
  

mercredi 24 juillet 2013

Max Pénette : une vie consacrée à l'éducation

Source: lenouvelliste.com, 17 juillet 2013
Par Louis-Joseph Olivier


Max Pénette, ing. - crédit photo: Louis-Joseph Olivier et Le Nouvelliste, 17 juillet 2013



Enseignant, fondateur d'école, ingénieur, universitaire de renom, Max Pénette célèbre ses 93 ans durant ce mois de juillet. Celui qui a consacré toute sa vie à l'éducation est revenu pour Le Nouvelliste sur les grands souvenirs de sa formation et de la qualité de l'éducation qu'il a reçue en partageant des propositions pour l'école haïtienne d'aujourd'hui.
 
Ce grand monsieur qui a contribué à la formation de plusieurs générations d'Haïtiens profite de sa retraite dans sa résidence à Pétion-ville. Du haut de ses 93 ans, M. Pénette continue d'enseigner. Sa maison s'est peu à peu transformée en un lieu de transmission de savoir. Beaucoup de jeunes y viennent régulièrement pour rencontrer et apprendre de ce professeur de mathématiques de carrière. Ses proches nous racontent que le jour du samedi est sacré à la résidence des Pénette. C'est ce jour que M. Pénette réserve pour recevoir les jeunes qui ont besoin de son assistance. Même ceux qui travaillent chez lui y viennent accompagnés de leurs enfants pour se former. « Je suis bien à mes 93 ans, mais je ne peux pas passer une semaine sans voir les jeunes devant moi », nous a confié M. Pénette.
 
En effet, M. Pénette a enseigné dans plusieurs établissements scolaires de Port-au-Prince, dont l'Institution Saint-Louis de Gonzague qu'il avait aussi fréquenté comme écolier. Il fut aussi enseignant au lycée Pétion et au collège Sainte-Rose de Lima. De ces deux derniers, il dit garder un excellent souvenir. Ce désir de partager sa connaissance avec les autres résulte de la volonté de redonner aux autres ce qui lui a été transmis comme savoir. Il nous dit que toute sa vie a été traversée par cette formule qu'il garde aujourd'hui encore comme boussole, savoir recevoir et savoir donner. Après avoir reçu de mes professeurs, je me suis dit que j'ai comme devoir de le remettre aux plus jeunes.»
 
Le président de la Fondation des anciens de Saint-Louis de Gonzague, Almiracle Saint-Fort, parle de Max Pénette comme un personnage multiple, mais surtout quelqu'un qui a dans son coeur un amour démesuré pour l'éducation. Si pour M. Saint Fort, Max Pénette est d'abord un éducateur, il voit en lui un entrepreneur aussi. C'est lui le fondateur d'une ancienne école de renom qui a d'ailleurs porté son nom, le Collège Max Pénette de Pétion-ville. Ingénieur de formation, il est aussi un personnage public et politique pour avoir été maire de la commune de Pétion-ville durant la présidence de Jean-Claude Duvalier.
 
Pour Monsieur Pénette, c'est son passage à l'Institution Saint-Louis de Gonzague et ses études supérieures à l'Ecole des sciences appliquées qui ont déterminé sa vie d'homme accompli. Il se souvient encore de la qualité de l'enseignement qu'il a reçu de ces établissements, en ce temps où ce qu'on enseignait en Haïti n'avait rien à envier à ce qui se faisait ailleurs. A ce propos, l'ingénieur Pénette affirme avec fierté que « c'était exactement le même enseignement que l'on recevait à Paris ». Pour illustrer ses propos, il n'hésite pas à faire référence à un de ses professeurs de qui il garde un souvenir et une grande admiration, Lucien Hibbert. « M. Hibbert avait toujours soin de le dire : Au moment où je vous enseigne les mathématiques avec la théorie de Cantor etc...certains étudiants à Paris sont en train de voir les mêmes choses », a révélé l'ingénieur Pénette.
 
L'ancien directeur de l'Ecole normale supérieure a mis l'accent sur l'une des principales qualités qui a fait le succès de cette époque, la qualité de l'enseignement. « Le professeur ne devrait pas enseigner les erreurs. Si vous avez un doute quelque part, soyez honnête avec le jeune, dites-lui que cela vous échappe. Vous allez y penser à l'instar de Isaac Newton. A la question comment il a découvert la gravitation universelle, la réponse de Newton a été : en y pensant toujours. En y pensant toujours, c'est ce cheminement qui nous a mis en contact avec les grands maîtres de l'extérieur », a expliqué M. Pénette.
 
En ce qui concerne l'école haïtienne d'aujourd'hui, M. Pénette plaide d'abord pour une meilleure formation des enseignants. « Au-delà de sa formation, l'enseignant doit poursuivre une préparation personnelle qui doit se faire quotidiennement », a indiqué M. Pénette. L'expérimenté professeur qui semble n'avoir rien perdu de sa capacité de réflexion invite les enseignants au respect du savoir. « Pouvoir dire à un jeune, je n'y pensais pas, c'est une honnêteté. Dites que vous allez y penser, ainsi vous allez faire comme Newton à échelle réduite », insiste le vieux briscard. Il a reconnu toutefois qu'il y a aujourd'hui de bons enseignants qui font beaucoup d'efforts.
 
Celui qui a travaillé à plusieurs titres dans le système éducatif haïtien dit croire qu'il y a beaucoup de faiblesse aujourd'hui dans le système. « Pour avoir collaboré avec le ministère de l'Education nationale, je crois qu'il y a beaucoup à faire, et cela pour le bien de l'école haïtienne et celui de notre pays », a-t-il souligné. S'il y a un point sur lequel il insiste pour améliorer la qualité de l'éducation, c'est la formation des enseignants.
 
Max Pénette est né à Port-au-Prince en 1920. Il a fait ses études classiques à l'Institution Saint-Louis de Gonzague. Il a fait ses études de génie et de mathématiques à l'Ecole des sciences appliquées de Port-au-Prince et dans d'autres universités étrangères. Il fut, entre autre maire de Pétion-Ville, doyen de l'Ecole normale supérieure et fondateur du Collège Max Pénette de Pétion-Ville.