lundi 21 juillet 2014

Haïti / Faculté des Sciences (UEH) / 40e anniversaire de la promotion FDS1974 - Discours de Promotion


Par Brunet Georges, ing.
 Port-au-Prince, 12 juillet 2014
 
En octobre 1970, sur un effectif de 65 postulants ayant brigué  l’admission en année préparatoire de la Faculté des Sciences de l’Université d’État d’Haïti, nous avons été 35 a  réussir le concours. Quatre années plus tard, en septembre 1974, le Décanat de la Faculté, avec l’accompagnement du Recteur de l’Université et du Ministre de l’Éducation  Nationale, a gradué 20 d’entre nous aux titres d’ingénieurs-architectes, d’ingénieurs civils, d’ingénieurs électromécaniciens et de licenciée en sciences naturelles.

Notre  sortie  a été suivie d’une dispersion sur plusieurs continents : l’Afrique, l’Amérique du Nord  l’Europe et bien sur Haïti, quelques uns pour des études plus avancées, d’autres pour des engagements professionnels. Trois ingénieurs de notre promotion ont même assez tôt fait le saut vers l’au-delà.

Aujourd’hui, après quarante ans, la famille que nous avons constituée au sein de la Faculté se  réunit pour commémorer notre entrée dans la vie professionnelle. A cette occasion, nous voulons saluer de façon toute particulière la mémoire de nos trois camarades, partis avant l’heure. Avec respect, avec affection, nous nommons Jean Fritz Bernadel, Philippe Guerrier et Nicolas Janvier. Ils sont partis, mais ils restent présents dans le groupe. Leur sourire nous habite comme au temps de nos vingt ans.

Cette célébration nous offre l’occasion de témoigner notre gratitude d’une part envers nos parents, d’autre part envers l’État et le contribuable haïtiens.

Issus pour la plupart de familles modestes, nous avons bénéficié tout le long de nos parcours scolaires et universitaires du soutien permanent de parents vivant souvent au jour le jour. Ils ont travaillé de leurs mains pour nous offrir un niveau d’éducation qu’eux-mêmes n’avaient pas reçu. Nous  présentons nos compliments aux camarades qui ont le bonheur d’avoir encore un parent vivant et nous saluons la mémoire de ces hommes et de ces femmes qui toute une vie sont restés debout  au pied de la montagne, les yeux rivés vers le sommet pour indiquer a leurs enfants le chemin qui mène aux cimes les plus hautes. Aujourd’hui si nous sommes responsables d’état, hauts fonctionnaires, chefs d’entreprises, professeurs d’université, dirigeants de partis politiques,  le mérite  revient largement à maman et a papa. Pour les camarades qui comme moi viennent de province, cet hommage s’étend aux familles qui nous ont  accueillis a Port-au-Prince ; sans leur appui, il nous eût  été difficile, voire impossible, de nous consacrer aux études.

A 60 ans bien sonnés, nous sommes tous ou presque tous parents et même grands parents. Nous connaissons donc bien le prix des études supérieures. Dire que nous avons passé 4 années, c’est-a-dire 8 semestres, a la Faculté sans rien débourser ; les plus doués d’entre nous recevaient même  une bourse de 100 gourdes par mois! L’État haïtien, a travers ses institutions compétentes et avec l’appui particulier de la coopération française, a tout pris en charge. Nous voulons en cette cérémonie rendre hommage au Rectorat de l’Université d’État, au Décanat et au personnel administratif de la Faculté des Sciences ; nous voulons aussi remercier l’Ambassade de France en Haïti et l’Institut français  pour la contribution des Coopérants français à notre formation en mathématiques, physique, chimie et biologie. Nous saluons la mémoire de nos professeurs disparus, nous rendons hommage à ceux qui profitent encore de la vie. Nous nommons spécialement Messieurs Hebert DAMBREVILLE, Pierre RICHE, Guy ROBART, Jean-Paul BERNIER, Maurice SALOMON, Max TIPHAINE, Roger MALBRANCHE, Jean-Jacques COICOU, Ernst LARAQUE, Lionel VIL, Fritz PIERRE-LOUIS,   René MORAVIA, Ferdinand EDOUARD, Eceler LOUIS, Yves NAZAIRE, Frank LAUTURE, Joseph ADRIEN, Alexandre GOUTIER, Gérard GOURGUE.

Le Décanat de la Faculté  se résumait a notre époque a  quatre personnes : le Doyen Maurice LATORTUE, le vice doyen Fritz PIERRE-LOUIS,  l’assistante administrative Madame Béatrice MERCIER et Monsieur HORATIUS, connu sous le nom de HORA. Nous entretenons, 40 ans après avoir quitté la Faculté, une affection particulière à l’ endroit de notre doyen et de Hora.

Doy, comme nous l’appelions, nous enseignait la trigonométrie sphérique et l’anglais technique. Au premier mois de l’année préparatoire, il nous regardait de haut, ou plutôt, il fermait les yeux pour ne pas nous voir ; il nous trouvait trop laids et nous assimilait à nos numéros d’ordre. Après les premiers tests et bons résultats, l’excès de sévérité a laissé la place à l’affection et a la générosité du grand-père qui ne ménageait pas son portefeuille pour récompenser les bonnes réponses et les meilleures copies. Monsieur Latortue nous a appris à être a la fois nobles, réservés et élégants dans nos propos comme dans nos comportements. Il nous a tenus a l’écart des turbulences politiques de l’époque et a su maintenir la Faculté en dehors de l’emprise du Pouvoir. Il nous a formés et a orienté nos carrières professionnelles. Nous lui en sommes infiniment reconnaissants.

Hora était le permanent de l’école ; il gardait les clés, assurait le ménage, distribuait le matériel ; il faisait nos courses et nous informait de l’agenda du doyen. On l’appelait Ti Doy. D’ailleurs, c’est Hora  en personne qui a remis a plusieurs d’entre nous nos diplômes d’ingénieurs en septembre 1974. A l’époque, l’effectif global de la Faculté ne dépassait pas 150 étudiants ; aussi, Hora connaissait tout le monde. Il appelait ingénieurs les étudiants des années supérieures mais désignait seulement par leurs noms les étudiants de Préparatoire ; il savait bien que ceux-là n’étaient pas encore tout à fait membres de la grande famille. Nous sommes fiers d’avoir Hora avec nous et de l’honorer de son vivant; nous le remercions pour l’appui apporté à notre formation.

Après nos études , plusieurs d’entre nous ont intégré des institutions publiques : la BNDAI, l’EDH, le MTPTC, l’INAREM, le MARNDR, la FDS ou  nous avons acquis de l’expérience et développé des savoir-faire en administration, en aménagement et équipement du territoire etc.. qui font de nous  des experts et des entrepreneurs. Nous avons ainsi beaucoup reçu de l’État et du contribuable. Aujourd’hui que sonnent déjà  les cloches de la retraite, nous avons plus que jamais une obligation de restitution. Nos retrouvailles ne doivent pas se réduire à une commémoration. Nous devrions prendre la résolution de nous rencontrer de façon régulière non pas pour de simples échanges mondains mais surtout pour débattre de nos visions respectives et proposer des voies de solutions aux défis majeurs auxquels notre  pays reste confronté.

Nous ne serons pas jugés à l’aune de nos  réussites personnelles, académiques ou matérielles, mais selon les contributions concrètes  que nous aurons apportées à réduire la pauvreté, par la création d’emplois, la production de richesses, la régénération de l’environnement, la formation et l’épanouissement des jeunes.

 L’État nous a formés pour servir la Nation, ne l’oublions pas !

Merci de votre attention.

lundi 23 juin 2014

Haïti / Toussaint-Louverture, Dessalines et Pétion personnifient respectivement: la Liberté, l'Égalité et la Fraternité.

Au moment où, à Port-au-Prince les anarchopopulistes pervertissent les idéaux de Pétions et de Dessalines, il est bon de rappeler le passage suivant de Dantès Bellegarde (*).


« L’État d'Haïti avait, dès les premiers temps de notre histoire, nettement compris sa mission politique et sociale. La «Déclaration Préliminaire» de la Constitution dessalinienne de 1805 et  les «Dispositions Générales» de la Constitution républicaine de 1806 sont deux documents que les Haïtiens ont le droit de mettre sur le même plan que la Grande Charte de l’Angleterre de 1215 et le Bill of Right de 1689, la Déclaration d’indépendance des États-Unis de 1776, la Déclaration française des Droits de I'Homme et du Citoyen de 1789 et l’American Bill of Rights de 1791.»
 «Réunis. ces deux documents forment la ·Charte des libertés haïtiennes parce qu'ils consacrent, de la façon la plus large, ces idées de liberté, d’égalité et de fraternité qui sont les conquêtes les plus précieuses de notre civilisation chrétienne.»

«II est étonnant de constater à quel point ces trois grandes idées, qui représentent l’essence même de la démocratie, trouvent leur parfaite personnification en trois de nos héros nationaux: Toussaint-Louverture incarne la liberté; Dessalines, c'est l'égalité, car en conduisant Haïti à l’indépendance, il affirma le droit d'un peuple d’origine nègre à être traité comme égal par toutes les nations du monde civilisé; Alexandre Pétion personnifie la fraternité (que nous appelons aujourd'hui justice sociale) parce qu'en fondant la «république» il appela tous les Haïtiens à participer fraternellement au gouvernement de leur pays pour leur bien-être commun et parce que, en aidant Bolivar à libérer les colonies espagnoles de cet hémisphère, il assura l'abolition de l'esclavage en Amérique hispanique et donna le premier exemple désintéressé de solidarité interaméricaine.»


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(*) Dantès Bellegarde (1948), "Dessalines a parlé," Société des Éditions et de Librairie, Port-au-Prince, Haïti, 424 pages.

mardi 3 juin 2014

Boniface Alexandre : un homme parfait !

Par Me Winnie H. Gabriel
winniehugot@gmail.com

Source: lenouvelliste, 27 mai 2014
 
Ancien président de la République, ancien président de la Cour de cassation, professeur de droit dans différentes universités du pays, Boniface Alexandre, du haut de ses cinquante-deux ans de carrière dans l’avocature, est une véritable encyclopédie vivante. Sympathique, il nous livre volontiers un petit résumé de sa vie.
 
 
Fils d’un grand propriétaire terrien, Boniface naît le 31 juillet 1936 à Ganthier et y grandit. Il fréquente d’abord l’Ecole nationale de Ganthier en primaire, puis rentre à Port-au-Prince, pour des études secondaires au Lycée Alexandre Pétion. Son enfance est heureuse. Entre une mère aimante, une grand-mère qui le dorlote et un père respectable, il vit entouré de ses sept (7) frères et deux (2) sœurs. Tout le monde l’aime. A la maison comme à l’école, le cadet des Alexandre est sage comme une image, et échappe aux punitions. Seul petite tache au tableau, sa grand-mère lui refuse tout contact avec l’extérieur. Aujourd’hui encore, il en garde les séquelles. C’est un homme solitaire, qui n’a pas beaucoup d’amis. Le cycle secondaire bouclé, Boniface faillit entrer à l’Académie militaire qui recrutait en cette periode. Avec sa haute stature, son intelligence, il aurait aussi eu raison de n’importe quel test et serait aujourd’hui de la même promotion que des hommes tels que Roland Chavannes, Acédius St-Louis. Mais les parents posent leur veto. « On ne veut pas de militaire dans la famille.» Il doit choisir entre la médecine et le droit. Chose dite, chose comprise. Il entre à la Faculté de droit et des Sciences économiques et en 1962 décroche sa licence. C’est au Cabinet Lamarre, à la rue du Quai, qu’il fait ses premières armes, dans ce métier qu’il pratiquera jusqu'à ce qu’il décide de devenir magistrat.
 
 
Un des meilleurs juristes haïtiens
 
Maître Alexandre se hisse aisément dans la galerie des meilleurs juristes haïtiens. C’est au prix de longues heures de travail et d’études qu’il s’est taillé cette notoriété. « Depuis 1962, il ne se passe un jour sans que je ne lise un livre de droit. Au Cabinet Lamarre, des fois j’avais près de trois ou quatre affaires par jour. On me surnommait Le roi du Barreau. J’ai gagné les trois quarts de mes procès et certains se terminaient à la Cour de Cassation. Je le dis, je le redis à qui veut l’entendre, le droit positif haïtien n’a aucun secret pour moi. Même si vous me réveillez de mon sommeil, je dois pouvoir répondre à une question et ceci sans rien à consulter.»
 
Un seul cours de droit avec lui devrait vous en convaincre. Pas possible de le coller. Il semble avoir réponse à tout. La procédure civile, le droit civil, et les voies d’exécution sont ses matières de prédilection. Même s’il n’a publié aucun manuel y relatif, il les enseigne dans différentes universités de la place et à l’École du Barreau de Port-au-Prince. En 1991, Boniface Alexandre entre dans la Magistrature en tant que substitut Commissaire près la Cour de Cassation. En 1995, il est nommé Commissaire en chef du Parquet et en 2001, il remplace le Président provisoire de la Cour de Cassation. C’est ce dernier poste qui lui vaut d’être le Président de la République, après le départ de Jean-Bertrand Aristide en février 2004 comme le veut la Constitution.
 
 
« Je n’ai jamais été un homme politique »
 
Le 8 mars 2004, celui qui a toujours été le premier de la classe grâce à sa superbe intelligence prête serment en tant que Président d’Haïti. A le croire, c’est un concours de circonstance qui le place au timon des affaires de l’Etat. « Quand je suis allé à la Cour de Cassation, je voulais juste être utile à mon pays. Je me sentais assez bien préparé pour être un bon magistrat. Je n’ai jamais été un homme politique. En acceptant ce poste, j’ai servi mon pays. J’ai obéi à la loi. »
 
D’ailleurs, dès les premières minutes de l’interview, il indique : « Je ne parlerai pas de politique. » Puis nuançant un peu, il poursuit : «Je peux donner des conseils en aparté, mais jamais des consultations publiques. On n’aime pas la vérité. Dès que vous critiquez quelqu’un en Haïti, vous risquez de vous faire un ennemi. »
 
Contre toute attente, ces deux années au pouvoir sont loin d’être les plus merveilleuses de la vie de cet homme, qui a toujours été à l’abri du besoin. « A l’époque, en pleine opération Bagdad, comme on l’appelait, le palais était une véritable prison. Il y avait des soirs où l’on ne pouvait pas dormir. On tirait directement sur le Palais, de Fort National étant, paraît-il. Et on dirait que c'est ma chambre qui était expressément visée. Souvent je devais ramper comme un serpent pour traverser d’une chambre à l’autre. C’était l’enfer. Maintenant qu’il y a plus de stabilité dans le pays, cela peut être différent, mais de mon temps, c’était une vie de martyr. On m’avait conseillé de ne pas faire les élections pour rester au pouvoir. J’ai dit non. Ceci n’était pas une vie. » Ce n’est donc pas une expérience qu’il aurait refaite dans les mêmes conditions qui prévalaient en ce temps.
 
  A la retraite depuis 2006, Boniface a repris la vie tranquille qu’il aime tant, dans sa paisible maison à Delmas 75, à l’abri des regards indiscrets et du tumulte de la vie politique. Son horaire est bien chargé. « A cet âge, c’est dangereux de ne rien faire. Vous devez toujours être utile à la société. Etre en contact avec la jeunesse rajeunit également », laisse-t-il entendre. Du lundi au samedi, il dispense des cours de droit. Le dimanche dès 6 h, il se dirige vers sa ville natale pour ne revenir que le lundi, au matin. Entre une excursion à Source Zabeth ou à l’Étang Saumâtre, et la visite de ses terres en culture, il a de quoi se distraire. Outre cela, il partage volontiers ses connaissances. A longueur de journée, et ceci jusqu'à dix heures du soir, des étudiants l’appellent pour des consultations gratuites.
 
 
« Je suis un homme fidèle »
 
Enfant de chœur dans sa ville natale, Boniface Alexandre aurait pu être prêtre, s’il ne s’était laissé séduire par celle qui devint sa femme, Célima Dorcely. Native de Thomazeau, elle était en 6e et lui en 9e quand ils se sont rencontrés. « C’est ma femme qui m’a choisi. Et c’est peut-être pour cette raison que notre couple dure. Car quand une femme jette son dévolu sur vous, il ne peut y avoir de meilleur choix. » Marié en 1990, après la naissance de ses quatre enfants bien entendu et suite à quelques années de vie commune, elle reste et demeure la seule femme de sa vie. Quoiqu’il fût un brillant avocat – donc sujet à des avances – il affirme : « Je n’ai jamais succombé aux charmes d’une autre femme. Jamais de nuit hors du lit conjugal, à moins que je ne sois à l’étranger.» La fidélité semble être un héritage de famille. « Mes parents, mes grands-parents étaient fidèles, l’un à l’autre. Avec de tels exemples et ma foi chrétienne, je n’ai aucune raison de transiger sur cette valeur. »
 
C’est un romantique dans l’âme. « Je crois à l’amour, fidèle, jusqu'à la mort.» Et à ce titre, il nous rappelle une anecdote : « Mon grand-père pensait qu’il mourrait avant sa femme, mais ma grand-mère est partie la première. Ma grand-mère est morte un 15 mars, c’était la veille du vendredi saint, je crois. Le jour de la veillée, mon grand-père est allée près du cercueil et a dit «  Pa kite m non, nan yon mwa pou vin chache m » Et bizarrement cela se réalisa. Mon père est mort le 15 avril. Jour pour jour. »
 
 
« Je suis impeccable »
 
Boniface Alexandre est un sujet très intéressant et assez singulier. L’homme a des goûts simples comme tout et semble être facile à vivre. « Quand on est vieux, il faut savoir qu’on l’est ». dit-il et donc, à son âge, il est sobre. Pas de boisson gazeuse. Pas d’alcool. Le café est son seul allié. S’il n’est pas gourmand, il aime néanmoins le riz, le maïs, et le griot. Il a un penchant pour le bleu marine et le blanc – par déformation professionnelle peut-être – et était ancien fan de Racing. Sa radio, posée sur une table dans un coin dans le salon, lui tient très souvent compagnie quand il est à la maison. Il aime la musique, celle de son temps du moins. Même s’il ne va plus au bal, ni au ciné, il n’y en a plus au pays d’ailleurs. Il irait peut-être, si Triomphe ouvrait. L’orchestre Tropicana reste son groupe favori, Manno Charlemagne et Coupé Cloué viennent ensuite. Ce nostalgique du boléro, des vieux films western, ne connaît rien aux mœurs de la nouvelle génération : « Avec les jeunes d’aujourd’hui, j’ai du mal à m’accommoder. Je ne peux m’habituer avec leur rythme, ni leurs manières. »
 
Il n’a pas beaucoup d’amis, donc pas beaucoup de visiteurs. Sauf les infortunés, « Ma maison, on la prend pour une banque. A longueur de journée les gens viennent frapper pour avoir de quoi manger, de quoi payer l’écolage de leur senfants, et je n’ai pas le cœur de refuser. » L’homme possède une grande estime de lui-même. Il sait qu’il est intelligent. C’est aussi un honnête homme qui a travaillé dur pour mériter le respect de ses pairs. Même deux années près des caisses de l’Etat n’ont pu le défaire de cette intégrité. « Je me respecte. Alors que j’étais président, personne ne peut dire que j’ai prélevé un seul centime des caisses de l’État. Je me suis contenté de mon chèque. Les dossiers sont là, on peut vérifier. Mon ministre de l’Économie est encore vivant. Demandez-lui si une fois au moins je lui ai ordonné de me donner de l’argent de l’État pour mes besoins personnels. Jamais. Je ne vivais que de mes appointements. – même si ce n’était pas beaucoup –. Pas de frais. »
 
Son assurance et son acceptation pleine et entière de sa personne surprennent. Les critiques des autres –quelles qu’elles soient- ne l’atteignent pas. Et quand je lui demande son principal défaut, sans broncher il répond : « Je suis un homme impeccable ». Je reste pantoise quelques minutes, guettant un changement d’attitude, mais non. L’homme ne se trouve pas de défauts. Il est parfait.
 
Toujours doté d’une bonne santé, calme et très réservé, le septuagénaire a vécu sa vie. Et faisant le bilan, il n’a aucun regret. « J’ai servi mon pays. Je n’ai jamais fait de mal à ma famille, ni à la société. Personne ne peut m’accuser de lui avoir fait du tort expressément. » Il est satisfait de lui-même et de ce qu’il a réalisé. Il l’est d’autant plus qu’il n’a pas eu à laisser le pays après son passage au pouvoir. Il vit avec le sentiment d’avoir accompli son devoir. De ses quatre enfants, trois, Jean Bony, Schiller et Berwick, sont médecins, un seul Marjorie, actuellement consul général d’Haïti à Boston, est avocat et marche sur ses traces. Sage, ses derniers mots sont pour exhorter la jeunesse à aimer Haïti et à travailler pour assurer la relève du pays.  

dimanche 1 juin 2014

Henri Bazin l’honnêteté à tout prix

Source: lenouvelliste, 30 mai 2014
Par Roberson Alphonse
ralphonse@lenouvelliste.com  

Henri Bazin. Sa compétence, son honnêteté font l’unanimité. L’ex-ministre de l’Économie et des Finances, entré récemment au panthéon de la finance haïtienne, voudrait que les journées aient plus de 24 heures. Cet ancien étudiant de l’UEH, boursier de l’État, enseigne, donne ce qu’il a reçu, s’implique dans la vie de la cité. Réservé, il croit que le pays mérite mieux, qu’il faut « être honnête, surtout quand on s’occupe des biens publics ».
 
 
Dr. Henri Bazin
Source photo: Le Nouvelliste, 31 mai 2014
 
 
 « Mon âge ? Je ne le dirai pas ! », lance gentiment Henri Bazin. Bien calé dans un fauteuil couleur chocolat, chez lui, à la rue O, Turgeau, le benjamin des frères Bazin esquive les relances de journalistes fouineurs. Au pif, on devine qu’il fait 70 ans. Peut-être plus. Solide, il porte bien le poids des ans. Sa démarche de lord anglais -une partie de sa légende- reste la même. L’homme, très affable, n’est pas timide, mais discret. « Je n’aime pas parler de moi », justifie Henri Bazin, considéré comme un « grand esprit » et « l’un des Haïtiens les plus honnêtes ».
 
En quelques minutes et après un verre de jus d’orange sur glace, la glace se brise. Il parle, s’ouvre. La version « short » de sa vie, un mélange d’efforts, de sacrifices, de partage et de rectitude, fascine, suspend à ses lèvres.
 
 
Les premiers pas
 
Ce provincial, né à St-Marc, n’est pas seul à la maison. Son père, Louis Bazin, avocat, substitut du commissaire du gouvernement, et sa mère Simone avaient pris le soin de mettre deux fils au monde avant lui et trois filles après lui. « Dans la famille, tout est équilibré », plaisante Henri Bazin, qui a découvert les chiffres et les lettres à l’école paroissiale du Limbé, ville natale de son père, après avoir vécu brièvement à Gros-Morne, sur les terres de sa mère.
 
En 1945, l’année de la capitulation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale, sa mère Simone, ses six enfants sur les ailes, part à l’aventure, prend une décision courageuse et audacieuse. Elle s’installe à Port-au-Prince. Le paternel reste à Limbé. L’envoi des provisions alimentaires est irrégulier. « On mène alors une vie très modeste à la maison située en face du collège St- Martial », raconte Henri Bazin avec simplicité.
 
La mère monte une pension, fréquentée des parents et des affiliés du Limbé, de Pilate. « Pour subsister lors des fins de mois difficiles, ma mère empruntait de l’argent. Elle m’emmenait régulièrement chez l’usurier pour éviter toute équivoque », se souvient-t-il, encore fier de la solvabilité quasi légendaire de sa mère. « Une dame absolument remarquable », indique Henri Bazin en hochant la tête. Scolarisé entre-temps au Petit-Séminaire Collège St-Martial, Henri Bazin raconte que la page des années de vaches maigres a été tournée en 1946. Son père, connu comme avocat dans tout le département du Nord, est élu sénateur de la République. Il est même devenu président du grand Corps.
 
Henri Bazin boucle ses études classiques. Il entre à la Faculté de droit et des sciences économiques en 1954. Colauréat de la promotion avec François Martole, il sort avec son diplôme d’avocat et d’économiste. L’excellence est récompensée par une bourse d’études. En 1957, il pose ses valises à Paris, en plein hiver. À l’Université de Paris, il passe cinq ans. Le temps de faire sa maîtrise et sa thèse de doctorat. C’était sur « Commerce extérieur et développement, exemple de la région de la Caraïbe », se souvient Henri Bazin sur qui veillait son grand frère Marc.
 
Contrairement à Marc, Henri, aimé des femmes, Henri n’était pas un bourreau des cœurs. « Marc, c’était le caïd », raconte-t-il, le regard figé, comme s'il voulait remonter le temps, ce temps.
 
 
Le bannissement
 
La tête bien pleine et bien faite, Henri Bazin prépare son retour:« J’ai voulu me mettre à la disposition de mon pays».Cela attendra. Longtemps. Au téléphone, sa mère lui assène la mauvaise nouvelle. « C’est la prison si tu entres en Haiti, mon fils ». Henri Bazin, sans le savoir, a été photographié par la police secrète du régime, pendant une manifestation anti-Duvalier à Paris, aux côtés de Hervé Denis, de Claudette Werleigh. Dans le contexte des indépendances africaines, le sentiment révolutionnaire bouillonnait dans les têtes et dans les cœurs. Pas question pour Henri Bazin d’aller en prison. La sinistre réputation des cachots de Fort-Dimanche était connue, bien au-delà des 27 000 kilomètres carrés du territoire d’Haïti.
 
 
Il reste à Paris
 
Sollicité par des camarades originaires de plusieurs pays du continent africain, Henri Bazin, en 1964, choisit le Mali. Quelques-uns de ses meilleurs amis à Paris étaient maliens. Là-bas, il devient conseiller technique du ministre du Commerce et de l'Industrie malien. Bazin enseigne aussi à l'Ecole nationale d'administration du Mali, à Bamako. Avant de quitter ce pays en 1969, Henri devient le conseiller du président Bodibo Keïta, renversé lors d’un putsch.
 
Après la parenthèse malienne, il offre ses services en tant qu’officier des affaires économiques à la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) à Genève. Il y reste pendant trois ans. Bazin revient en Afrique qu’il connait comme le fond de sa poche. Il arrive à la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique à Addis Abeba pour trois mois comme directeur de la division des questions commerciales, financières et monétaires internationales. De poste en poste, de projet en projet, HB reste finalement 14 ans en Éthiopie. Le temps passe. À ses côtés, de Mali à l'Ethiopie, sa moitié, Danielle Tardieu, militante féministe, intellectuelle engagée.
 
Loin d’Haïti, la nostalgie pèse. Henri Bazin choisit un poste de conseiller économique principal au PNUD. Il s'est établi à New York. « Je devais être le plus près d’Haïti possible », confie-t-il, rongé par l’envie de revenir chez lui, dans son pays. Ce docteur en économie, entre-temps, gérait le programme régional pour l’Afrique dont l’enveloppe était de 600 millions de dollars. « On faisait des projets dans quatre ou cinq pays à la fois », explique ce bosseur, qui est resté six ans dans le Big Apple.
 
 
Le retour au pays et les défis relevés
 
« En 1991, j’ai décidé de rentrer chez moi », confie HB. Parallèlement au cours d’économie qu’il dispense à l’Université Jean-Price Mars à l’époque, en 1992, il occupe aussi la fonction de conseiller technique au cabinet du Premier ministre, son grand frère, Marc L. Bazin. Il crée avec d’autres l’Association haïtienne des économistes. Bazin passe la main après deux mandats de président.
 
En 2004, après le départ de Jean-Bertrand Aristide, Henri Bazin accepte le poste de ministre de l’Économie et des finances à la demande de son ami, le Premier ministre Gérard Latortue. Henri Bazin vit l’une des expériences les plus révélatrices de sa vie. « La BRH, à l’époque, avait des réserves que pour un mois d’importation alors qu’il en fallait au moins pour six mois », explique Bazin, appelé à redresser la barre des finances publiques. « C’était nécessaire. Avec une situation aussi désastreuse, on ne prenait pas le pays au sérieux. On ne te fait pas de prêts avec des réserves estimées à un mois d’importation.»
 
Grâce à une cure de gestion rationnelle des finances publiques, Henri Bazin, qui a pu éviter le programme d’ajustement structurel, remet le Trésor public sur les rails. Il gronde au besoin des experts internationaux indélicats, incompétents et prétentieux. « Il faut mettre de l’ordre dans ses affaires. Se respecter, pour se faire respecter », selon Henri Bazin qui, à ce poste, a repoussé d’innombrables sollicitations pour ne pas céder aux pratiques illégales. « J’ai résisté. Absolument », indique-t-il avec virilité. À ce poste, il a aussi vu des gens dans leurs postures et leurs impostures. Il résume : « Dans certains cas, la position publique des gens ne correspond pas toujours à leurs actions ». Pour Bazin, « il faut être honnête, surtout quand on s’occupe des biens publics». « C’est clair que cela a manqué à Haïti », estime cet économiste, qui marche souvent à pied pour voir la vie, humer la réalité quotidienne. « Le peuple mérite mieux que ce qu’on lui donne », croit Henri Bazin, qui appelle à la retenue : « Soyez humble, soyez modeste.»
 
Ce Bazin n’est pas tenté par aucun poste électif. « On s’était toujours dit qu’un Bazin en politique était more than enought », explique Henri Bazin, connecté en revanche à la vie dans la cité et qui a décliné plusieurs offres pour devenir ministre pendant ces dernières années. « Je ne me boucherai pas le nez pour accepter un job, pour faire un coup comme on dit», tranche Henri Bazin, qui ne lésine pas sur ses principes.
 
 
Restituer, partager, forger l’avenir
 
Henri Bazin, qui se considère comme un privilégié pour avoir fait des études universitaires avancées aux frais de l’État haïtien, croit dans la restitution. « Ce pays nous donne beaucoup. Nous n’apprécions pas assez. Nous ne rendons pas assez». Bazin enseigne, parallèlement à l’Université Quisqueya, au CTPEA. Sa chaire est de 7000 gourdes par mois et est le cadet de ses soucis. Ce n’est pas l’argent qui le motive. Membre du conseil d’administration de HaïtiTech, une institution de formation de professionnels comme des plombiers, des électriciens Bazin offre ses services à la Chambre de conciliation et d’arbitrage, une institution qui aide le secteur privé à résoudre ses différends. L’auteur de l’ouvrage « Le secteur privé haïtien à l'orée du troisième millénaire : enjeux et perspectives » milite beaucoup pour harmoniser les rapports au sein du monde des affaires haïtien.
 
 
Ses chagrins
 
Cet homme qui vit humblement, sans superflu, ressent parfois le poids de la solitude. Certains jours, le vide laissé dans sa vie par Danielle Tardieu, sa moitié, est immense. Brutal a été le sevrage. Elle est morte dans un accident de véhicule sur la route nationale numéro un. Elle se rendait à un séminaire à l’hôtel le Xaragua. « Elle est morte sur le coup ». Pause. Une profonde respiration. Henri Bazin n’est pas du genre à étaler ses émotions. Au téléphone avec l’une des ses sœurs, il sourit pourtant. D’un autre souffle, ce père d’une jeune femme de 27 ans née d’une autre relation évoque le parcours admirable dans l’enseignement de sœur Colette Bazin. « 54 ans dans l’enseignement. C’est extraordinaire », explique Henri qui a une anecdote empreinte d’affection pour chacun de ses frères et sœurs.
 
Il y a dans sa tête la chaleur, les moments de bonheur quand ils vivaient à la rue Lamarre, non loin de Lakou Mouzin, fréquenté à l’époque par un certain Gérard Gourgue, un Pierrot Riché. « Des aînés », explique Henri Bazin qui balance sur son fauteuil ses souvenirs d’homme de province, resté vertical jusqu’au bout.

mardi 22 avril 2014

Le ministre Manigat rassure les enseignants

Par Jocelyn Belfort
jbelfort@lenouvelliste.com
Source: lenouvelliste.com , le 21 avril 2014

Le ministre de l’Education nationale et de la Formation professionnelle(MENFP), Nesmy Manigat, a annoncé lors d’une conférence de presse à la Primature, qu’un montant additionnel de 688 millions de gourdes a été alloué à son ministère dans le cadre du budget révisé en vue de répondre aux engagements du protocole d’entente trouvé en janvier dernier. 
 
 
En date du 16 avril 2014, une résolution a été approuvée lors du Conseil des ministres organisé par le président de la République, le Premier ministre et les autres membres du gouvernement en vue d'octroyer une somme additionnelle de 688 millions de gourdes au ministère de l’Éducation nationale.Cette somme permettra, selon le ministre de l’Éducation, Nesmy Manigat, au MENFP de répondre de manière scrupuleuse aux exigences du protocole d’entente signé en janvier dernier entre la commission du gouvernement et la plateforme des syndicats d'enseignants. Pas moins de 27 920 enseignants et directeurs du fondamental et du secondaire du secteur public seront touchés par ce relèvement salarial. Une décision qui vient tout juste à un moment où les syndicats enseignants ont annoncé pour la semaine prochaine une nouvelle manifestation pour forcer le gouvernement haïtien à répondre aux exigences du protocole d'entente signé il y a plus de trois mois.
 
Cette augmentation permettra au ministère de revaloriser le salaire des enseignants pour les six prochains mois, dont le mois d’avril. Selon le ministre, le MENFP attend seulement la validation et le vote des parlementaires pour démarrer le paiement conformément aux exigences du protocole d’accord trouvé en janvier dernier. « Nous allons octroyer une revalorisation qui variera entre 30% et 60% sur le salaire de base des enseignants, a déclaré le ministre Manigat. A partir de ce mardi, nous allons rencontrer tous les signataires de ce protocole y compris les syndicalistes et les trois parlementaires.»
 
Le ministre Nesmy Manigat a en outre déclaré qu’un autre montant de 200 millions de gourdes a été alloué à son ministère dans le cadre de ce budget révisé pour traiter les arriérés de salaires et les nouvelles nominations. « Nous avons environ 7 000 dossiers qui sont déjà à l’étude et nous allons, sur une période de six mois intégrer de manière légale de nouveaux professeurs dans le système éducatif, a-t-il ajouté. Grâce à cette somme, nous pouvons offrir aux écoles du Programme de scolarisation universelle gratuite et obligatoire (PSUGO), de nouveaux professeurs mieux qualifiés pour renforcer le système éducatif haïtien.»
 
Nesmy Manigat a également apporté certaines précisions sur le retard enregistré dans le cadre du paiement des enseignants faisant partie du programme PSUGO. Selon lui, son ministère est en train de procéder à une évaluation interne et externe de ce programme en vue de répondre de manière plus efficace à ce problème. « L’une des premières actions que nous allons entreprendre est la mise sur pied d’une carte scolaire géo-référenciée en vue d’avoir un meilleur contrôle sur l’effectif des écoles faisant partie du programme, a-t-il dit. La semaine prochaine, nous allons prendre des mesures nécessaires en vue d’accélérer le processus de paiement des arriérés du programme PSUGO.»
 
La plateforme des syndicats d’enseignants et la commission de négociation du gouvernement avaient trouvé au mois de janvier dernier une entente pour mettre fin à la grève. ledit protocole, qui avait prévu la revalorisation du salaire des enseignants, n’est pas encore effectif puisque le budget révisé n’étant jusque-là pas encore adopté. Ainsi donc, la matérialisation des engagements du gouvernement dépend maintenant, selon le ministre, du vote crucial du budget par le Parlement pour la libération du crédit afin de donner suite à l'ajustement salarial et au versement des salaires de nouveaux professeurs. La plateforme a ainsi annoncé pour le mercredi 23 avril une grève illimitée en vue de forcer l’État haïtien à respecter ses engagements pris en janvier dernier.
La revalorisation des salaires se fera comme suit pour la période allant du mois d’avril au mois de septembre 2014: Professeur à chaire simple passera de 8 100 gourdes à 11 000 gourdes Professeur suppléant : de 9 250 à 12 400 gourdes; Surveillant général : de 12 300 à 17 000 gourdes; Professeur à temps plein : 22 400 à 31 000 gourdes Censeur : de 23 500 à 33 000 gourdes; Directeur : de 25 600 à 36 500 gourdes; Instituteur : de 9 250 à 13 000 gourdes Directeurs d'école primaire: de 13 400 à 21 000.

L’ISTEAH, première institution de formation doctorale accréditée en Haïti

 Par Thomas Lalime
thomaslalime@yahoo.fr

Source: lenouvelliste.com , 21 avril 2014

« Après examen du dossier de l’Institut des sciences, des technologies et des études avancées d’Haïti (ISTEAH) par les hauts responsables du ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle, sur recommandation expresse d’un comité d’experts internationaux et en reconnaissance de la qualité de ses programmes d’études supérieures, l’État haïtien délivre à l’ISTEAH ce certificat d’accréditation avec tous les privilèges et obligations qui s’y rattachent. Ce certificat, qui demeure valide pour une période de cinq ans, est délivré à l’ISTEAH pour servir et valoir ce que de droit. »
 
Voilà le contenu du certificat d’accréditation, daté du 31 mars 2014, qui vient d’être octroyé à l’ISTEAH par le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP). Cette accréditation est décernée à l’ISTEAH spécifiquement pour des programmes universitaires de diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS), de maîtrise et de doctorat en sciences de l’éducation, assortis de 7 orientations disciplinaires : biologie et sciences de la vie, chimie, formation à distance et e-learning, gestion des systèmes éducatifs, mathématiques, physique, sciences de la terre et de l’atmosphère.
 
L’ISTEAH devient la première institution à obtenir une telle accréditation en Haïti, ce qui peut marquer un tournant au pays après que les autorités et des acteurs concernés par l’enseignement supérieur eurent réalisé des assises nationales sur la qualité de l’éducation et de l’enseignement supérieur. Dans un environnement marqué par l’absence de normes de qualité et l’existence de programmes de formation mal conçus et inadaptés, l’accréditation, obtenue sur recommandation d’experts universitaires, peut constituer un signal de virage vers la qualité.
 
Les 60 étudiants qui constituent la première cohorte résident dans 14 communes du pays, de Jérémie à Port-de-Paix en passant par les Cayes, Jacmel et Gonaïves. Ces étudiants sont regroupés sur les campus du Cap-Haïtien, de Port-au-Prince et de Hinche. Ils termineront leur première année d’études d’ici la fin du mois de juillet prochain. Trente-cinq d’entre eux y poursuivent des études de doctorat (Ph.D.) alors que les vingt-cinq autres visent une maîtrise en sciences de l’éducation.
 
Sélectionnés par concours sur un échantillon de 135 candidats, ces étudiants se distinguent par leur qualité et leur motivation, selon le professeur Samuel Pierre, président du Conseil d’administration de l’ISTEAH, professeur titulaire de génie informatique à l’École Polytechnique de Montréal, directeur depuis 1999 du Laboratoire de recherche en réseautique et informatique mobile (LARIM) et du Groupe de recherche en réseautique et informatique mobile (GRIM). Il s’agit, indique-t-il, pour la plupart de hauts cadres de l'administration publique et surtout du MENFP, de professeurs et cadres à l'Université d'État d'Haïti et des universités publiques en région, de jeunes diplômés enseignant au secondaire et dans les universités privées, de jeunes professionnels de différentes disciplines dont des agronomes.
 
L’ISTEAH, selon le professeur Pierre, est une institution universitaire sans but lucratif. Son fonctionnement repose principalement sur le bénévolat de plusieurs professeurs et gestionnaires, ainsi que sur la générosité de donateurs qui soutiennent sa mission. En tant que premiers bénéficiaires de cette formation de haut niveau, les étudiants sont sollicités pour contribuer à cet effort collectif en payant des frais de scolarité représentant une infime partie des coûts de la formation reçue. Les frais de scolarité sont fixes et s’élèvent à 154 000 gourdes par année pour tous les programmes. L’ISTEAH s’efforce de mettre en place un programme de bourses basées sur le mérite pour supporter les meilleurs étudiants. La priorité d’octroi de ces bourses est accordée aux femmes, aux jeunes et aux handicapés.
 
La direction de l’ISTEAH vise à mettre la science et la technologie au service du développement d’Haïti, en formant des citoyens innovateurs et des leaders aptes à agir avec compétence aux échelles locale, nationale et régionale, en poursuivant un idéal d’excellence dans les actions et les interventions. Le document-cadre prend soin de préciser que l’institut ne vise pas à remplacer les institutions haïtiennes existantes, mais plutôt à prolonger leur action et à les renforcer durablement par l’apport de ressources complémentaires mutualisées dans des domaines spécifiques où l’expertise est sinon inexistante du moins insuffisante. « Il cherche à soutenir les institutions d’enseignement supérieur en augmentant leur capacité à faire face à la demande croissante de formation au pays et la nécessaire qualification des ressources humaines dont le pays a besoin pour se relever, selon une approche volontariste visant à terme l’autonomie de ces institutions », précise Samuel Pierre.
 
L’ISTEAH, poursuit-il, développera, avec les partenaires de la communauté universitaire haïtienne, un modèle haïtien de formation aux études avancées, en synthétisant les meilleures pratiques nord-américaines et européennes en matière de science et de technologie. Sur un horizon temporel de 10 ans, il envisage de former un contingent de 1000 scientifiques pour rehausser le niveau scientifique du pays et rendre le pays moins dépendant de l’étranger pour la formation de ses élites. Cet objectif découle du constat qu’aucun pays n’a réussi à se développer sans une maîtrise adéquate de la science et de la technologie. Haïti a grandement besoin d’un système d’éducation qui favorise cette maîtrise, ce à quoi le nouvel institut cherche à contribuer.
 
Les professeurs - plus de 85 pour le moment - viennent tant des universités locales qu’étrangères. Une douzaine d’entre eux vivent en Haïti et participent activement à l’enseignement dispensé par l’ISTEAH. Les autres professeurs viennent notamment de la Belgique, du Canada, des États-Unis, de la France et de la Suisse. Certains viennent enseigner sur place pendant quelques semaines. D’autres dispensent leur cours à partir de leur lieu de résidence par l’intermédiaire de la vidéoconférence.
 
L’ISTEAH entretient un réseau de 23 partenaires nationaux dont 21 institutions universitaires haïtiennes pour la plupart situées en région. Il est aussi appuyé par 7 partenaires internationaux : Dartmouth College (USA), École Polytechnique de Montréal (Canada), École Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL, Suisse), Institut des sciences appliquées (INSA-Lyon, France), Université de Strasbourg (France), Université du Québec à Montréal (UQÀM, Canada), Télé-Université (Canada).
 
Fondé par le Groupe de réflexion et d’action pour une Haïti nouvelle (GRAHN-Monde), l’institut veut combler des besoins criants notamment dans certaines disciplines du génie, nous a confié Samuel Pierre. La gestion stratégique et le contrôle de cet institut sont assurés par un Conseil d’administration de 17 membres dont quinze résident en Haïti. Un conseil de direction de 10 membres en assure la gestion opérationnelle.
 
La devise de l’ISTEAH est : « l’excellence au service du bien commun ». Selon Samuel Pierre, il envisage de devenir l’une des meilleures institutions d’études avancées en science et en technologie dans la région de la Caraïbe. Un objectif partagé par des dizaines de scientifiques et de gestionnaires qui contribuent bénévolement à son déploiement dans diverses régions du pays, au bénéfice des générations futures et au service de la décentralisation tant souhaitée du pays.
 
Selon le président du GRAHN-Monde, le défi commun de toute la communauté universitaire haïtienne est de réduire le flot de nos jeunes qui, en quête d'une bonne formation universitaire, quittent le pays pour aller se former ailleurs, notamment en République dominicaine. Trop souvent, ils ne reviennent pas après leur formation. L’ISTEAH compte contribuer significativement à freiner cette fuite de cerveaux et de devises qui contribuent à perpétuer le sous-développement d’Haïti.

vendredi 7 février 2014

Haïti, 7 février 1986

Par Dr. Pierre Montès
Dernière mise à jour: 16 février 2014

Haïti/7 février 1986, PieMon se souvient. Il est chez son père PieDMon à Port-au-Prince.
01:30 AM - NicSenc de Montréal appelle PieMon en Haïti:
-          «La télé ici annonce le départ imminent de JanCloDu.», dit-elle à PieMon.

02 :00 AM - JanCloLou, de Fontamara, un ami de PieMon l’appelle au téléphone pour lui dire :
-          «Moun yo alé !»

02 :30 AM - PieMon appelle GeoSalo:
-          Que se passe-t-il ?  "Je suis au noir." On me dit que JanCloDu serait parti.
-         Effectivement , répond GeoSalo,  il est parti avec sa famille. J’aurais pu l’accompagner (à l’aéroport). Mais j’ai préféré rentrer chez moi.

02 :40 AM - PieMon appelle FranFlam :
-          Que se passe-t-il ?  On me dit que JanCloDu est parti. Qu’en sais-tu ?
-          Il n’y a plus de gouvernement, répond laconiquement FranFlam.

02:50 AM - Finalement, PieMon appelle les appartements du Président JanCloDu au Palais:
-      Allo! Pourrais-je parler au Président JanCloDu ? Je suis PieMon, le MiEdNa.

L'officier de service au bout du fil lui répond laconiquement:

 -    Moun yo pa la non. (Traduction: «Les gens sont absents.»)

07 :00 AM (environ) - La TNH passe en boucle un message : «Restez branchés, un message important sera diffusé bientôt.»

07 :30 AM (environ) - Un message pré-enregistré de JeanCloDu à la nation est diffusé. PieMon résume approximativement l’essentiel du message de JanCloDu :
«… Pour m’assurer que l’histoire retienne, sans aucun doute possible, que j’ai évité un bain de sang en Haïti, j’ai passé le pouvoir  à l’Armée et j’ai placé les V.S.N. (la Milice) sous les ordres de l'Armée

08 :00 AM -  La TNH montre l’image de la façade principale du Palais national. PieMon reconnait sur limage à l’écran, debout devant le Palais, au pied de l’escalier, en première rangée, le Général Henri Namphy ayant à ses côtés, les Colonels William Régala et Max Vallès, l'ingénieur Alix Cinéas, le Colonel Prosper Avril, etc.  
C’est le CNG (Conseil National de Gouvernement). Le Général Namphy donne lecture d'une proclamation confirmant que le CNG dirigera désormais les destinées de la nation provisoirement.
Parmi les personnes  qui accompagnent le CNG, ce matin du 7 février 1986, PieMon a facilement décelé en arrière, sur l’écran, le visage d’un ami. Il dit à son père PieDMon : «Regarde qui est en arrière : c’est l’ingénieur JacVil !»

Par la suite, PieMon apprendra de son amie, Madame MarJoDou, que l'ingénieur JacVil était dans l’opposition; mais, voyant que PieMon n’était pas du tout en mode opposition, JacVil ne lui avait rien avoué.

vendredi 20 décembre 2013

Montréal /L'affaire Fredy Villanueva: le rapport d'enquête du coroner André Perreault

Par Dr. Pierre Montès

C'était le 9 août 2008.
Au cours d'une intervention policière qui a mal tourné à Montréal-Nord, un jeune de 18 ans, Fredy Villanueva trouve la mort, abattu par le policier Jean-Loup Lapointe. On s'en souvient, une émeute s'en est suivie peu après le drame [1].
 
Après avoir lu le rapport du coroner, je ne peux, objectivement, que conclure que l'agent Lapointe a agi en légitime défense. 
 
Si Dany Villanueva s'était laissé arrêter par l'agent Lapointe et l'agente Pilotte et si le groupe d'amis de Dany Villanueva et son frère Fredy Villanueva n'avaient pas manifesté une attitude hostile vis-à-vis de l'agent Lapointe et de l'agente Pilotte, au moment de l'intervention des deux policiers en se gardant à distance, comme demandé, l'agent Lapointe ne se serait pas senti en danger de mort et n'aurait pas senti le besoin de se servir, ultimement, de son arme à feu pour sauver sa vie et celle de l'agente Pilotte.
 
Peut-être, l'agent Lapointe et l'agente Pilotte auraient-ils dû appeler et attendre des renforts avant de débuter leur intervention auprès du groupe de jeunes, sachant qui étaient les individus qu'ils allaient arrêter ?
 
On suggère de ne plus donner d'armes automatiques aux policiers. Est-ce que ce ne se serait pas une erreur de leur enlever ce type d'armes ? Si l'agent Lapointe n'avait pas une arme automatique, le temps aurait-il peut-être joué contre lui dans cette affaire: les jeunes étaient tellement proches de lui qu'ils auraient eu le temps de réagir entre deux coups de feu, ce qui aurait pu être fatal pour les deux agents entourés des jeunes contrevenants.

Je propose aux lecteurs de regarder comment étaient armés quelques militaires au milieu d'une foule de touristes au début de juillet 2007 à Paris, au pied de la Tour Eiffel [2]. Et à chaque fois que je vais à Paris, tant avant le 11 septembre 2001 qu'après cette date, je suis toujours témoin de ce genre de scènes, au hasard des lieux que je visite.  
 
La principale leçon à tirer de l'affaire Villanueva est la nécessité d'introduire dans les programmes scolaires du Québec un cours sur le comportement que doivent avoir les citoyens quand interviennent les forces de police. Il serait peut-être aussi nécessaire d'indiquer aux nouveaux arrivants comment on s'attend à ce qu'ils se comportent quand ils interagissent avec les forces de police au Québec. 
 
Aux pages 54 et 57 du rapport du coroner qui en compte 143, on lit les extraits qui suivent:

«L'agent Lapointe fait feu .»
 
« Selon l'agent Lapointe, Dany Villanueva continue à se débattre vigoureusement et à le frapper au niveau de la tête. Il ne voit plus sa partenaire. Il sait qu'elle se fait frapper par les jambes de Dany Villanueva. Bien qu'il n'adresse pas à l'agente Pilotte une demande de le défendre, faute de temps de le faire, explique-t-il, il ne la croit plus capable de s'interposer entre lui et les individus qui s'en prennent à lui. Il ne peut plus se relever, se déplacer, s'en aller. Il ne peut plus attendre les renforts. Il ne peut utiliser ses armes intermédiaires. Il a peur de perdre connaissance, d'être blessé gravement ou de mourir. Il ne peut s'éloigner. Il ne voit plus d'autre solution que de faire feu pour défendre sa vie et celle de sa partenaire, et c'est ce qu'il décide de faire.Il estime qu'il peut atteindre les cibles qu'il vise sans mettre en danger les personnes qui peuvent se trouver derrière, dans le parc...»
 
«... Continuant à retenir Dany Villanueva de sa main gauche, l'agent Lapointe dégaine de sa main droite. Pour ce faire, il désamorce les deux dispositifs de son étui qui assurent la rétention de son arme à feu.»
 
« Avant même de dégainer, l'agent Lapointe a déjà décidé qu'il va faire feu à cause de l'urgence de la situation. Cela se fait, dit-il, en une fraction de seconde. Pas même le temps d'en aviser l'agente Pilotte. Jamais il n'a considéré l'option d'exhiber uniquement son arme pour provoquer une réaction de recul. Il estime que cela aurait augmenté le risque d'être désarmé. Il voit un regroupement de personnes à proximité.»
 
« Alors que Fredy Villanueva est à moins d'un bras de distance et que l'arme de l'agent Lapointe est encore au niveau de sa hanche, il commence la mise à feu.»
 
« Sans viser un ou des individus en particulier, l'agent Lapointe tire au "centre des masses" devant lui, puis légèrement à droite et légèrement à gauche pour être certain de les atteindre. Il croit, sans pouvoir l'affirmer, que le premier individu atteint est Fredy Villanueva parce qu'il est directement devant lui dans la ligne de tir.»
 
« L'agent Lapointe précise qu'il n'avait pas l'intention de tuer Fredy Villanueva quand il a tiré sur lui, mais plutôt de mettre fin à la menace, de se défendre, de protéger sa vie.»
 
« L'agente Pilotte est surprise par quatre coups de feu très rapprochés. Elle a entendu le premier coup de feu, mais n'a pas vu l'agent Lapointe, car elle regardait dans une autre direction. Selon elle, l'arme était à environ un demi-mètre d'elle lors du premier tir. Elle lève immédiatement son regard et voit, après le premier coup de feu, deux coups de feu tirés en direction de Fredy Villanueva qui se trouve au nord, et qui l'atteignent. Pour ce qui est des trois derniers tirs qu'observe l'agente Pilotte, l'agent Lapointe a le bras droit complètement tendu, sa main tenant fermement son arme.»
 
« Touché une première fois, Fredy Villanueva recule, mais reste sur ses pieds, avant d'être atteint de nouveau au haut du corps. À ce moment-là, Fredy Villanueva est à moins d'un demi-mètre de son frère et de l'agent Lapointe et à environ un mètre de l'agente Pilotte. Il est debout et penché vers l'avant légèrement. Il a les bras près du corps.»
 
« Après avoir été atteint une deuxième fois, Fredy Villanueva recule de nouveau puis s'écroule un mètre à deux mètres plus loin sur le dos ou sur le côté, un peu recroquevillé sur lui-même. Il porte ses mains à son thorax....»
 
«...L'agente Pilotte voit ensuite son partenaire déplacer son arme vers la droite à environ 180 degrés et la pointer, le bras tendu à peu près perpendiculairement au sol, en direction d'un autre individu qui s'est avancé à moins d'un mètre de Dany Villanueva et de l'agent Lapointe. Elle voit cet individu être atteint sur ce qui lui semble être le côté du haut du corps ou "[…] du haut du dos si on veut", par le dernier tir, espacé des autres de quelques instants. L'agente Pilotte perçoit que le dernier individu est atteint au moment où son épaule tourne. On comprend qu'il s'agit probablement de Jeffrey Sagor Métellus.»
 
« L'agent Lapointe confirme que son bras était tendu lors du quatrième tir. Il contredit fermement sa collègue lorsqu'elle affirme qu'il a déplacé son arme sur 180 degrés avant d'effectuer le quatrième tir. Il dit en avoir un souvenir très précis. Il explique qu'il lui aurait été même impossible de le faire parce qu'il aurait alors dû passer son bras devant lui. Il a cependant, lui aussi, l'impression que c'est Jeffrey Sagor Métellus qui a reçu le dernier tir alors qu'il se trouvait à une distance inférieure à un mètre. Il ne peut expliquer comment Jeffrey Sagor Métellus a pu être atteint dans le dos, puisqu'il avait l'impression que tous les individus avançaient vers lui au début de la séquence de tirs. Il ignore si Jeffrey Sagor Métellus a eu le temps de pivoter depuis le premier tir jusqu'au moment où il a été atteint.«
 
«L'agent Lapointe explique avoir cessé les tirs lorsqu'il a perçu  "le recul des masses". En fait, il ne sait pas, au moment de cesser de tirer, combien de coups de feu exactement il a tirés. Il faut dire que tous les tirs ont été effectués rapidement. Il ne sait pas non plus précisément où les balles tirées se sont logées.»
 
« Ce n'est qu'après les quatre tirs que l'agent Lapointe constate que Fredy Villanueva s'est écroulé.»
 
Pour lire le rapport du coroner au complet, un lien est donné ci-dessous [3].
 
Un article de Wikipédia fournit une version de cette malheureuse affaire [4]. 

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[1] Wikipedia / Émeute à Montréal-Nord.

[2] Le coin de Pierre / Au pied de la Tour Eiffel, 17 septembre 2007

[3] La Presse / Rapport du coroner dans l'affaire Villanueva

[4] Wikipedia /Affaire Fredy Villanueva.